Pour ce dernier jour en forêt, nous restons parmi les pygmées afin d'observer leur mode de vie. Pour moi, c'est une émotion forte de voir que malgré tout, l'homme peut encore vivre en harmonie avec la nature. Autour du camp, Pierre, un pygmée, nous fait découvrir certains arbres médicinaux dont l'écorce est utilisée pour soigner différents maux. Finalement, la forêt c'est comme une grande pharmacie. Il y a l'arbre contre le mal de ventre, l'arbre contre le palu, l'arbre pour soigner les plaies, la liane pour se rincer les yeux, la liane d'eau pour boire de l'eau fraiche... Il nous montre également comment fabriquer des pièges pour attraper les petits mammifères. C'est impressionnant ! Trois bouts de liane, quatre bouts de bois, je ne sais comment il repère un sentier de passage des petits animaux, il creuse un petit trou avec sa machette, place un bout de bois ici, un autre là, on accroche la liane par ici, on la tend par là, et en 5 minutes il nous fait un piège d'une efficacité pas croyable ! Pour finir, il nous imite le cri de l'animal en détresse utilisé pour attirer les proies lors de partie de chasse.

C'est ensuite aux femmes de nous montrer comment elles pèchent. Nous les avions déjà vu pécher de façon classique avec une ligne et un hameçon dans une rivière. Mais aujourd'hui c'est un tout autre mode de pèche que nous découvrons. Dans un ruisseau d'à peu près 2 mètres de largeur, elle construit à l'aide de branches et de terre, 2 barrages espacés de quelques mètres. Puis elle cueille de grandes feuilles, les met les une sur les autres, et s'en sert pour éjecter l'eau contenue entre les 2 barrages. Une fois la portion du ruisseau presque vidée, il ne reste plus qu'à récolter les poissons et écrevisses. Bienvenue au rayon poissonnerie de notre forêt ! Mais ici le cadi est plus écologique puisqu'il s'agit d'un panier tressé en rafiat.

Pour ce qui est de la vie au camp, elle est évidemment communautaire. Tout le monde s'occupe des enfants. Ça n'aide pas à savoir qui est l'enfant de qui. Il n'y a que les bébés qui sont encore allaités dont on peu déterminer la mère. En passant, les femmes ont d'ailleurs des seins énormes qui leur pendouillent presque jusqu'au nombril. Une autre façon nous a permis de connaître malgré tout les liens de parenté. Ici, on ne rigole pas avec l'éducation. Or, un des enfants avait séché les cours et avait entrainé tous ces camarades à faire de même. Le soir, ça a été correction pour tout le monde à savoir coup de chicotte (fine branche d'arbre) sur la paume des mains, et si tu ne tends pas ta main ça barde encore plus fort. Chaque parent s'occupant de son enfant. J'étais plutôt mal à aise d'assister à un tel spectacle et de voir tous ces enfants en pleure. Mais paradoxalement, et contrairement à l'éducation camerounaise générale, les adultes sont beaucoup plus affectueux avec leurs enfants. Et le soir, tout était oublié et tout le monde faisait la fête ensemble, parents et enfants. Ce soir là d'ailleurs, comme nous n'étions pas fatigués, nous avons bien pu profiter de la fête.

Pour ce qui a été de notre vie au sein du camp, elle a bien sûr été rudimentaire. Cuisine au feu de bois, notre salle de bain a été la rivière, nos wc la forêt. Contrairement à ce dont on s'attendait, il n'y a pas eu beaucoup de moustique et nous avons donc été tranquille de ce côté. Malheureusement, ce sont les fourmis qui nous ont mené la vie dure ! Attirées au camp par la présence de nourriture, elles nous grimpaient dans le pantalons et nous mordaient sauvagement ! Rien à voir évidemment avec les petites fourmis de chez nous. Ici ce sont des fourmitausores ! Heureusement, elles ne faisaient que mordre donc pas de piqûre avec venin qui gratte. Une fois arrachée à la chaire, on ne sens plus rien. Toutefois, le camp était régulièrement envahi. Le moyen utilisé par les pygmées pour s'en débarrasser est de disperser des braises partout. Dans la nuit, en plus des lucioles qui volaient dans la forêt, l'ambiance n'en devenaient que plus féérique...

Et puis pour le plaisir, d'autres petites anecdotes sur les meurs pygmées. Comme mon amoureux aime beaucoup la bière, même au fin fond de la forêt, nous avions apporté quelques cannettes pour se désaltérer en fin de journée. Une canette vide abandonnée en fin de soirée a été rapidement adoptée par une petite fille qui l'a attaché tel un bébé dans son dos.

Traditionnellement, chez les pygmées, certains se liment les dents en pointe, soit disant pour plaire. Une des femmes du camp, particulièrement belle nous a ainsi fait froid dans le dos par son sourire !

(à suivre...)